Les fiertés de Debrecen. L'université et le carnaval des fleurs .

L’homme a la peau grêlée, le cheveu noir et  l’œil matois. Il nous reçoit dans la salle du conseil municipal. C’est le prince de la ville, au summum de son ascension sociale.  L’homme se prénomme Zoltan et  pourrait être tout aussi bien l’un des parrains de la mafia locale, ou un apparatchik de l’ancienne dictature communiste. Nul besoin pour lui de hausser le ton pour affirmer son autorité. C’est le premier adjoint au maire de Debrecen. Le maire de la ville s’appelle  Lajos Kosa. Zoltan  le croise rarement. *

Le principal challenger d’Orban pour le poste de premier ministre passe la plupart de son temps à Budapest, à un peu plus de 200 km à l’ouest, laissant les clés de la ville à son fidèle Zoltan. La réunion s’articule autour des thèmes à retenir. Zoltan a convoqué pour l’occasion les petites mains de l’office du tourisme. Rien de politiquement incorrect ne filtre de nos propos.

Pas un mot sur la corruption des édiles, sur le racisme larvé si près de la frontière roumaine, dans ce  pays qui se recroqueville sur ses illusions envolées.  Le Debrecen de Zoltan  prône au contraire l’ouverture sur le monde.

La place privilégiée de l’université  ( Debreceni Egyetem)  en atteste. Derrière l’imposant bâtiment précédé d’un jardin à la française, bûchent plus de 35000 étudiants dont 3500 ressortissants étrangers.

C’est la fierté de Zoltan, la preuve éclatante que Debrecen  par son rayonnement culturel reste comme au bon vieux temps l’un des phares  de l’Europe. « Une grande université, de petites maisons modestes. » On investissait au 16ème siècle  déjà dans l’éducation et les fils des pauvres qui de la sorte étaient traités comme les égaux des riches.  Debrecen promenait dans dos la pancarte  flatteuse de Rome calviniste.

Nagytemplom, le grand temple protestant,  est adossé au collège réformé fondé en 1538 dont la renommée en théologie, en droit, en médecine rayonnait dans tout le continent  Mais la réalité semble toute autre.

Historiquement sous l’emprise des Ottomans et des Habsbourg, le nationalisme hongrois s’est toujours réfugié dans cette région de la Hongrie. C’est ici lors de la révolution de 1848 que fut proclamée l’indépendance.

Constance et Coralie, deux étudiantes lyonnaises, dans le cadre du programme Erasmus suivent des cours à la faculté dentaire. Leur constat après 8 mois de présence est moins élogieux concernant la capacité d’intégration des éléments étrangers. Pas ou peu de contact avec les étudiants locaux. Beaucoup de soucis de la part des enseignants qui tentent par tous les moyens de sauver les apparences. L’autocensure ici comme ailleurs fonctionne à plein régime.

 Le professeur des deux jeunes filles  nous supplie de tourner à nouveau le travail dirigé de ses élèves trop dissipées.  A l’en croire elles ont saboté délibérément les empreintes de leur prothèse de travail. La jeune femme tremble à l’idée que ce déni de savoir soit divulgué aux yeux du monde entier.

Quand Zoltan évoque ensuite le carnaval des fleurs, il semble retomber en enfance. Son visage coupé au couteau se radoucit sensiblement. Tous les 20 août à la St Etienne la ville exhibe ses plus belles parures. Les chars fleuris envahissent l‘artère principale pour une procession prisée par le pays tout entier. Nous visionnons quelques séquences des célébrations passées.

Les années défilent en noir et blanc ou en technicolor mais les filles sont toujours jeunes,  caucasiennes,  belles et courts vêtues. Leur démarche est martiale au rythme de la  musique militaire. Le peuple de l’est relève la tête à la fin de l’été prêt à affronter les frimas de l’hiver.

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