Votez Chouchou !

 

Mardi 1er mai, nous fêterons au Puy en Velay le 30éme anniversaire des 15 kilomètres, l’une des courses sur route les plus populaires de France. Ce jour là, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, le centre ville sera investi par tout ce que la Haute Loire et les départements limitrophes comptent comme paires de baskets audacieuses  et de  mollets durcis par l’effort.

Un public nombreux et chaleureux soutiendra  en prime  tout le long d’un parcours réputé sélectif  ce long ruban multicolore,  transpirant  pour la bonne cause. Le plaisir d’être ensemble, le bonheur de partager le même effort,  loin des petites aigreurs du quotidien.

Un homme, comme souvent dans ce type d’entreprise, est à la base de cette réussite exemplaire. Il a su fédérer autour de lui, une équipe soudée et solidaire sans laquelle une telle organisation serait impensable.

Le modèle sportif en France repose, on le sait,  presqu'exclusivement sur le bénévolat. C’est sa richesse et en même temps son talon d’Achille. Quand une bonne volonté s’éteint, une course meurt souvent.

Mais rassurez-vous les 15 bornes du Puy n’ont jamais été aussi vivantes et André Chouvet  le père de l’épreuve n’est pas prêt de raccrocher.

André c’est un sacré personnage. Celui que  tout le monde appelle affectueusement Chouchou, met un point d’honneur à présenter lui-même  le plateau élite sans s’aider de la moindre note. Il connaît par cœur  tous ses champions et leurs palmarès.

Ils ne sont pas légions en Europe, les organisateurs de courses sur route, à pouvoir identifier à coup sûr  un athlète venu du Kenya ou d’Ethiopie. « 

« Ils se ressemblent tous ! » Marmonnent même certains dans leur barbe. J’ai connu une époque, où une épreuve en vogue hivernale réservait sa grille de primes aux seuls athlètes de nationalité  française. Il s’agissait, soit disant, de répondre au souhait d’un public lassé de voir de parfaits inconnus caracoler en tête de course, de venir au secours des nationaux qui incapables de suivre le rythme  devaient financièrement se contenter des miettes.

 

Cette époque semble heureusement révolue. Tout ceux qui arpentent le macadam savent bien que dans la souffrance, la couleur de la peau et le statut social, n’entrent jamais en ligne de compte. Chouchou, son équipe et tout le public du Puy n’ont jamais dérogé à cette équité chronométrique.

Mais ils ont même poussé un peu plus loin leur réflexion. Ils ont mis en exergue  ce que le sport renfermait de plus précieux, cette capacité à rapprocher les peuples et les cultures. Grâce à Chouchou, Derartu Tulu, l’éthiopienne,  la championne olympique de Barcelone sur 10000 mètres, est ainsi  devenue l’ambassadrice de la ville pendant quelques années. 

Grâce à Chouchou encore, Sarah  la camerounaise, maman de 9 enfants, plusieurs fois victorieuse de l’épreuve la plus éprouvante  qu’il soit, l’ascension du Mont Cameroun, a pu pour la première fois de son existence voyager. Sarah a pris l’avion non sans appréhension.

Chouchou rigole encore aujourd’hui  de son témoignage. Lorsque Sarah a éprouvé le besoin de satisfaire un besoin pressant, elle s’est levée brusquement  de son siège. A cet instant précis l’avion est entré dans une zone de turbulences. Sarah s’est  ravisée persuadée qu’elle était d’avoir provoqué ce soubresaut.

Grâce à ce voyage au long cours, Sarah a découvert la Tour Eiffel, la chasse d’eau, et cette ville étrange où la Sainte Vierge  perche plus haut que  le nid d’un oiseau. Sarah a gravi en courant les centaines de marches pour aller la remercier d’avoir attirer sur elle l’attention des hommes blancs, ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent.
Sarah est rentrée au Cameroun avec un peu d’argent, un poste de télévision, et des rires d‘enfants plein la tête. Pendant plusieurs années j’ai conservé le contact  avec elle. Et puis le temps a effacé sa trace. Je suis pourtant persuadé que si je la croise un jour, Sarah n’aura qu’un seul mot à la bouche. Le Puy en Velay.

Si Sarah pouvait voter et si l’on décidait un jour d’organiser l’élection de l’organisateur de courses sur route  le plus humaniste de France, elle glisserait sans hésiter comme moi,  le bulletin «  Chouchou » dans l’urne.