ZONES A EVITER

On s’est réveillés dans un univers d’humidité absolue. Comme le matin précédent, le brouillard a envahi les dunes. C’est le même phénomène que celui que l’on trouve au Nord du Chili. Là-bas, cela s’appelle la Camanchaca. La brume vient du Pacifique, juste à côté. Des nuages de vapeur se retrouvent captifs des massifs côtiers. Et puisque l’on est en plein hiver austral, il faut attendre l’heure du midi pour que le soleil évapore ce couvercle de vapeur.

On plie ce campement détrempé et on n’a pas le temps de se réchauffer en roulant : premier ensablement au bout d’un km. Les autres sont loin. On a les radios pour appeler quelque secours mais on ne se voit pas…Ca complique la possibilité du coup de sangle salvateur. On est chacun dans sa misère…Alors on sort les pelles. On dégage les roues, les bas de caisses, on se fait un réveil musculaire de première qualité. 3 heures de temps pour en finir avec l’étape 3, enfin, les 2 derniers kilomètres de l’étape 3.

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A l’arrivée, Juan Valdivia, cartes à l’appui m’explique les difficultés qu’imposent les contournements des zones archéologiques et paléontologiques. « C’est compliqué parce qu’il y a beaucoup de zones à préserver, me dit le correspondant Péruvien du Dakar. Pendant les pré-recos au printemps on a avec nous des gens du ministère de l’environnement. Ils nous indiquent les zones à préserver et ils en découvrent de nouvelles à mesure que nous roulons. » Sur la carte qu’il me présente les zones en question forment une mosaïque de carrés bleus au milieu desquels il faut louvoyer, parfois contre toute logique. « Tu sais, poursuit Juan, on a trouvé plein de nouveaux secteurs à préserver parce que les gens du ministère n’ont pas les moyens d’aller dans les endroits impossibles ou passe le Dakar. C’est une collaboration gagnant-gagnant : nous on est sûr de ne rien abîmer de précieux là on l’on passe et eux trouvent des petits trésors grâce à nous. Au total, cette année, on a trouvé plus de cent zones plus ou moins grandes à préserver. »

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Je demande à Juan s’il y a un exemple à filmer. Maïki se propose immédiatement de nous guider vers une zone paléontologique. En route donc vers Ocucaje, pas très loin d’Ica, le long de la Panaméricaine, comme toujours. Célèbre pour ses combats de coqs, le pueblo l’est tout autant pour les innombrables fossiles marins de ses alentours. Sur la place du village, une immense bouche de Mégalodon a remplacé l’incontournable statue du Général salvateur que l’on trouve partout ailleurs.

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Maïki nous emmène à quelques kilomètres de la sortie d’Ocucaje vers l’Océan. Nous sommes face à une baie gigantesque de 45km carrés. Maïki est intarissable. Nous voilà plongés à l’époque du Miocène il y a 10 à 12 Millions d’années. La baie s’est soulevée et s’est progressivement isolée de l’Océan. Des milliers de mollusques et des centaines de mammifères marins se retrouvent piégés dans cette petite mer intérieure. Des millions d’années plus tard, on commence à retrouver des fossiles inestimables. La plupart d’entre eux ont trouvé bonne place dans des musées péruviens mais il en reste sur place.

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On se retrouve avec un crâne de cachalot à nos pieds. Plus loin, une baleine incroyablement conservée et une rareté sur ce fossile : les fanons paraissent intacts. On quitte le lieu en convenant avec Maïki qu’il faudrait protéger réellement ces fossiles qui gisent là aux quatre vents, sans même que le promeneur ne soit prévenu de leur présence.

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250km plus au Sud on retrouve le reste de l’équipe qui a commencé la reconnaissance de l’étape 4. Un tout petit bout de spéciale avec eux, un peu de trial, un peu de fesh-fesh et direction l’hotel. A Nasca.

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Publié par Jean-Francois Kerckaert / Catégories : Dakar 2018